>> Le journaliste Hrant Dink vient d'être assassiné à Istanbul (CollectifVAN)

>> Un journaliste turco-arménien tué par balles à Istanbul (lefigaro.fr)

Hrant Dink était Turc d'origine arménienne. Rédacteur en chef du journal Agos dont le siège est situé à Istanbul, il était considéré comme un esprit libre, défenseur des droits de l'homme, de la liberté d'expression et luttait donc contre l'article 301 du Code pénal turc qui condamne à 10 ans de prison toute personne qui affirmera la réalité du génocide arménien. Plusieurs journalistes ont été poursuivi sur le fondement de l'insulte à l'identité turque pour en avoir parlé. Hrant Dink également. Il se savait menacé. Il avait déclaré à Reuters: "Il se peut que j'en paie le prix mais la démocratie turque y gagnera, je l'espère." et avait deùmandé à plusieurs reprises la protection de la police sans réponse.

Vendredi 19 janvier vers 13h en plein rue à Istanbul devant les locaux de son journal, Hrant Dink, 53 ans, a été abattu, par plusieurs balles tirées dans la tête.

Le gouvernement turc a déclaré que ces balles tirées contre Hrant Dink avaient été tirées contre la Turquie dans son ensemble, mais a ajouté : "une image a été créée d'une Turquie où les citoyens d'origine arménienne ne sont pas en sécurité". Il a dénoncé une attaque contre la paix et la stabilité de la Turquie....

Le coupable, Ogün Samast, a été interpellé, reconnu grâce à des caméras de surveillance aux abords des locaux d'Agos. Il a 17 ans et ne regrette pas son geste:
«Je l'ai tué après avoir fait mes prières du vendredi, je ne regrette rien», a dit la victime sur CNN Türk. L'assassin aurait crié "Je tire sur le non-musulman". Il serait venu quelques jours avant au Journal Agos pour "prendre rendez-vous vendredi avec le rédacteur en chef"...
 
Beaucoup demandent au gouvernement de continuer l'enquête pour trouver le vrai coupable car on a la certitude que ce jeune homme n'a pas agi seul, qu'il a été manipulé. Il aurait peut-être des liens familiaux avec Orhan Samast venant de la même ville (Trebizonde), et qui a travaillé avec le négationniste Yusuf Halacoglu. Il ferait parti d'un groupe nationaliste. (>> lien)

Le soir-même, 2000 personnes à Istanbul et 700 à Ankara ont manifesté pour rendre hommage à ce journaliste courageux, et pour protester contre l'actuel gouvernement turc. Ce sont Arméniens et Turcs qui se sont rassemblés.
Les manifestants ont scandés : "Nous sommes tous Hrant Dink, nous sommes tous Arméniens", "l'Etat assassin va rendre des comptes !" ou bien "Vive la fraternité des peuples !"

Ohran Pamuk qui avait également été poursuivi pour avoir parlé du génocide arménien a présenté ses condoléances: "Hrant Dink était quelqu'un d'intègre et il s'exprimait librement sans cacher ses pensées. Mais il n'a pas été tué pour cela, il a été tué parce que ses pensées étaient celles non admises par notre Etat. Je suis très triste, c'est triste pour nous tous. Nous avons tué quelqu'un dont les pensées étaient inacceptables par nous. Nous devons y penser en priorité." (>> lien)

Derrière ce meurtre prémédité se cache sans doute les ultranationalistes: cet assassinat est raciste et politique. Le vrai responsable est l'Etat turc qui inculque dans les esprits que le génocide arménien n'est que pure invention des Arméniens pour déstabiliser la Turquie. Une politique négationniste qui se propage en Europe, en France, en Allemagne, et en Belgique (info-türk):

Malgré ses tentatives de donner à l’Union européenne une image “démocrate”, le gouvernement actuel s’est rangé récemment à côté des négationnistes et ultranationalistes déchaînés.
 
Quant aux medias turcs, malgré les larmes de crocodile qu’ils versent aujourd’hui, c’est la grande majorité de journaux et de chaînes télévisées turques qui provoquent depuis des années la population turque contre les peuples non-turcs comme Arméniens, Assyriens, Kurdes et Grecs…
 
Même dans les autres pays comme la Belgique, les missions diplomatiques et les éditions européennes des journaux turcs mènent une campagne haineuse contre tous ceux qui ne s’allient pas à la politique négationniste d’Ankara. Sous l’impulsion de cette campagne, même les élus sur la liste des partis politiques belges sont allés jusqu’à demander  le démantèlement du monument de génocide arménien à Ixelles.
 
L’assassinat de Dink est une des conséquences tragiques de cette campagne qui constitue à nos yeux un crime contre l’humanité.

>> Fédération euro-arménienne: « Quand on éduque sa population à la haine de l’autre, quand depuis plus d’un siècle on enseigne aux enfants la supériorité de la race turque, quand jusqu'aujourd’hui on autorise et on honore les formations d’extrême-droite sur son territoire, alors on ne peut s’étonner que de tels actes viennent ainsi cibler un Arménien. Cet assassinat ignoble prouve une fois encore que la racisme a des racines profondes en Turquie ». 

L'Arménie, la France, les Etats-Unis et Conseil de l'Europe et Amnesty International déplorent cet acte haineux.

>> lettre de condoléances du Président Chirac

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>> Une colombe de paix vient de tomber martyre (info-türk): communiqué de presse commun des 4 organisations l'association des Arméniens démocrates de Belgique, Les Associations des Assyriens de Belgique, l'Institut kurde de Bruxelles, la Fondation info-türk

Extraits:

- Cette affaire rappelle celle de l'assassinat en février 2005, toujours à Trabzon, du prêtre italien Andrea Santoro par un adolescent exalté de 16 ans criant : «Allah Akbar !»

- Mehmet Altan, intellectuel renommé, soupçonne l'implication de «l'État profond», un réseau militaro-mafieux infiltré jusqu'au sommet de l'État. «Les ultranationalistes veulent en finir avec l'ouverture du pays, accuse l'éditorialiste du quotidien Star. Ils jouent leur atout, la question arménienne, en espérant que les indignations de la communauté internationale attisent en retour le nationalisme en Turquie.»

- [interview en 2005 par le journal 20 minutes) : "Mais moi, en tant qu’Arménien, je n’ai aucun doute sur mon histoire ni sur ce qu’il s’est passé : c’est un génocide. Je ne le dis pas en étant en diaspora mais en tant que citoyen turc. Je le dis non seulement en arménien mais aussi en turc. Si la Turquie reconnaît le génocide, qu’est ce que cela signifiera ? Que le génocide va devenir une réalité ? Ce qui s’est passé s’est passé et cette réalité, en tant qu’arménien, je la porte sur mes épaules jusqu’à la fin de ma vie.
 
Les seuls qui ne savent pas ce qu’il s’est passé, c’est la population de ce pays. Moi qui vis dans ce pays, je peux dire que la population turque ne sait pas ce qu’il s’est passé et ne défend que ce qu’on lui a appris. La seule obligation que l’on a aujourd’hui, c’est d’apprendre la réalité au peuple turc. C’est ça notre devoir. "

- Traduction d'un extrait de son dernier éditorial prémonitoire daté du 10 janvier 2007 à propos des menaces de mort qu'il recevait :
 
"En 2002, suite à une déclaration que j'ai faite lors d'une conférence dans la ville d'Urfa précisant que 'je ne suis pas Turc... je suis de Turquie et Arménien', je suis poursuivi depuis 3 ans en justice au motif d'avoir porté 'atteinte à l'identité turque'. (...)
 
A chaque fois, on me rend plus célèbre en me présentant comme un 'ennemi des Turcs'. Les fascistes m'attaquaient dans les corridors des tribunaux à l'aide d'insultes racistes. Ils faisaient pleuvoir des pancartes d'offenses contre moi. Atteignant les centaines, ces coups de téléphone, ces emails et ces lettres de menace augmentaient au fur et à mesure. A tout cela, je résistais en soupirant de patience et en attendant ma relaxe. Je savais que la vérité ferait surface une fois le jugement rendu et que ces personnes auraient honte ce qu'ils avaient fait. (...)
 
Il m'est évidemment impossible de savoir combien ces menaces sont véridiques ou pas. Mais pour moi, la vraie menace et ce qui m'est le plus insupportable, c'est la torture psychologique dans laquelle je vis."  (Traduction: Mehmet Koksal, allochtone.blogspot.com, 19 janvier 2007)
 
Demeurer, vivre en Turquie, tel était notre véritable désir et aussi comme le respect que nous devons à nos milliers d’amis, connus et inconnus, qui combattent pour la démocratie en Turquie et qui nous soutiennent.
 
Alors nous demeurerons et nous résisterons.
 
Mais si jamais, un jour, nous devions partir… Nous partirons tout comme en 1915… Tout comme nos ancêtres… Sans savoir où nous allons… Suivre le long des routes qu’ils suivirent …Subir les mêmes épreuves, souffrir des mêmes blessures…
 
C’est ainsi … que nous quitterons notre pays. Et nous partirons non pas là où nos cœurs nous emportent, mais là où nos pas nous conduiront… Partout…
 
Inquiets et libres.
 
J’espère que nous n’aurons jamais à traverser un tel départ. Nous avons déjà tant d’espérance et de raisons pour ne pas vouloir vivre.
 
J’en appelle maintenant à la Cour Européenne des Droits de l’Homme.
 
J’ignore dans combien d’années prendra fin ce procès.
Cette vérité, que je connais, et qui m’apporte quelque réconfort, c’est qu’au moins je continuerai à vivre en Turquie jusqu’au terme de ce procès. [procès au titre de l’article 301]
 
Si le Tribunal me juge favorablement, je serai sans nul doute plus heureux et cela signifie aussi que je ne devrai plus jamais abandonner mon pays.
 
2007, c’est probable, sera pour moi une année difficile.
 
Les procès vont se poursuivre … de nouveaux vont commencer. Qui sait quelles nouvelles injustices aurai-je à affronter ?
 
Mais pendant tout cela, je regarderai la vérité qui va suivre comme la seule à laquelle je crois.
 
Oui, il m’arrive de me voir, en vie, tel une colombe inquiète, mais, je le sais, dans ce pays, les gens ne touchent pas aux colombes.
 
Les colombes peuvent vivre dans les profondeurs des villes, et même parmi les foules des hommes.
 
Alors oui, peut-être sont -ils un peu inquiets, mais ils sont libres."

(Traduction: Georges Festa - Yevrobatsi, 20 janvier 2007)
 

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>> Collectif VAN : "Conséquence de cet assassinat, la sécurité a été renforcée en France autour des intérêts turcs notamment à l'Aéroport d'Orly" (LCI) ..... à la demande des Turcs. Pour faire croire que les Arméniens seraient capables de se venger contre les Turcs en France et que ceux-ci sont donc en danger!

Abdullah Gül a d'ailleurs dit que cet assassinat arrivait au moment où dans le monde on parlait beaucoup du génocide et de sa reconnaissance, comme si cela pouvait justifier en quoique ce soit le meurtre d'un journaliste! Et Erdogan a déclaré : « Cette attaque a été dirigée contre nous tous, contre notre solidarité et unité en tant que Nation, contre notre paix et stabilité. Une provocation visant à créer des tensions en Turquie et à empêcher son processus d’adhésion à l’UE... »

Hrant Dink a été assassiné parce qu'il était Arménien et combattait le génocide et la liberté d'expression de l'intérieur. L'enquête est loin d'être terminée. Erdogan s'est félicité de la rapidité de l'enquête... oui, trop rapide.

Amnesty International appelle les autorités turques à condamner toutes les formes d'intolérance, à respecter les droits de tous les citoyens de la République turque et à enquêter de manière approfondie et impartiale sur le meurtre de Hrant Dink ; l'organisation demande aux autorités de rendre publiques les conclusions de l'enquête et de juger les meurtriers présumés conformément aux normes internationales d'équité des procès.

***EDIT***

Abdullah Gül a invité les dignitaires religieux arméniens du monde entier pour assister aux funérailles de Hrant Dink, mais Erdogan ne s'y est pas rendu.

La diaspora arménienne invitée aux funérailles par le gouvernement turc:
>> article et réactions

Pour résumer, la communauté arménienne ne croit pas en la sincérité de ce geste de "réconciliation" qui aurait dû arriver bien plus tôt. Utiliser la mort d'un homme-symbole pour se faire bien voir de la communauté internationale, est assez déplacé. Surtout que Hrant Dink était poursuivi 3 fois pour "insulte à l'identité nationale turque" mis en place par le gouvernement actuel, et c'était le seul à avoir vu sa peine confirmée.

Les pirouettes ne suffisent plus pour nous endormir. 

100000 personnes, Turcs et Arméniens, ont rendu un dernier hommage au journaliste en assistant à ses obsèques à Istanbul. Ca, c'est historique.

La femme de Hrant, Rakel Dink, a rappelé combien pour son mari il n'y n'avait pas "de tabou ni d'intouchables".

>> Nous sommes tous Arméniens
(lesoir.be)

>> A Istanbul, "nous sommes tous Arméniens" (liberation.fr)

>> In Turkey, Hopes for Reconciliation Fade (CBS news)