Pourquoi pas une loi sur le génocide arménien ? (BHL)
Bloc-note de Bernard-Henri Levy : >> Pourquoi pas une loi sur le génocide arménien ?
"[... ] l'argument qui, en gros, rappelle que, dans le cas
de la Shoah, la négation était dans le crime, qu'elle en faisait partie
intégrante et que c'est dans le même geste que l'on tuait et que l'on
effaçait la trace de la tuerie, cet argument-là, je ne vois pas comment
l'on refuserait de l'opposer à un négationnisme dont le principe est,
hélas, strictement identique. La liberté de l'historien est une chose,
la loi en est une autre. Jamais la loi Gayssot n'a empêché un historien
de travailler - une loi sur le génocide de 1915 réduirait au silence
les braillards turcs néofascistes, elle ne gênerait nullement le libre
travail de la recherche."
" Les critères économiques d'adhésion sont une chose
: on peut y arriver assez vite. Les critères moraux en sont une autre :
elle suppose évolution profonde, conversion, révolution des âmes et des
coeurs - tout le contraire du « vous voulez un mot sur les Arméniens ?
une déclaration de conformité ? les voici » dont les Turcs sont
capables mais qui ne seront jamais que l'oblique génuflexion du dévot
pressé d'entrer dans la maison commune et qui, donc, ne vaudraient rien."
***
>> La loi loi est une victoire pour la République (Armen Siropian dans le Figaro)
"On se trouve alors en présence d'une opinion négationniste qui n'est pas un jugement comme un autre : c'est un crime. En effet, cet acte de négationnisme parachève le génocide en lui-même, en tentant de l'effacer de la mémoire collective. Nier un tel crime, c'est attaquer l'essence de l'humanité, car un génocide est un crime contre l'humanité tout entière."
"Quant aux historiens, pour lesquels la liberté d'entreprendre des travaux scientifiques doit être préservée, cette loi a-t-elle une valeur contraignante ? Non, elle ne les empêchera nullement d'effectuer des recherches approfondies sur les événements de 1915."
"La liberté d'expression est un droit fondamental qui n'est pas menacé
par cette action. En effet, celle-ci doit être encadrée, car des
conclusions négationnistes instillées dans l'esprit d'une opinion mal
informée ne peuvent qu'attiser la haine entre les peuples. Ce texte
prévoyant la pénalisation du négationnisme du génocide des Arméniens
sera le rempart de la justice et de la vérité contre le déni et le
mensonge."
« Je préfère avoir un livre d'histoire dans ma bibliothèque plutôt que des gros contrats »
(député Éric Raoult - UMP)
Trésors d'Arménie en Vendée
On en oublierait presque l'Année de l'Arménie, et pourtant c'est une belle réponse.
La Vendée fête la saison arménienne avec "Trésors d'Arménie", du 28 octobre au 3 décembre: exposition d'art sacré, dont les pièces viennent du musée d'Erevan fondé en 1919.
"Les trésors de notre musée donnent une image intégrale de notre culture, de l’histoire de notre pays depuis les temps préhistoriques jusqu’à nos jours. Ce sont autant de preuves matérielles des imbrications culturelles de l’Arménie avec les plus anciennes civilisations du Proche-Orient comme l’Assyrie, la Perse ou l’Egypte." (Anelka Grigorian, directeur du Musée d'Histoire d'Arménie d'Erevan)
"C’est une chapelle du bocage vendéen dans son village de mineurs qui va recevoir plus que des objets, des jalons d’une extraordinaire continuité dans l’histoire. Quel autre peuple que le peuple arménien, né dans l’Antiquité, a su traverser les millénaires en gardant son nom, sa langue et sa foi ?" (Dominique Souchet)
Manif' annulée mais...
>> "Nous condamnons le gouvernement français et les dirigeants de la police" (Collectif Van)
La manifestation turque prévue pour le samedi 21 octobre a bien été interdite par la Préfecture.
Les mots d'ordre de l'appel à la manifestation étaient: "Le génocide arménien est un mensonge",
"prends ton drapeau, viens à Paris" et un appel à "nos 5 millions de
turcs qui vivent à l'étranger".
Mais elle a tout de même eu lieu à la Bastille (beau symbole...).
Cela n'a pas été médiatisé... comme par hasard.
Il faut dire que les manifestants étaient bien peu nombreux et c'était plus des guignols qu'autre chose. Autant ne pas leur donner trop d'importance. Mais en même temps il s'agit d'une occultation volontaire du négationnisme en France, celui-là même qui justifie le besoin d'avoir une loi pénale.
Ils étaient tout de même encadrés par des cars de CRS.
- Ils attendaient soit-disant 3000 personnes, une centaine s'est déplacée.
- Ce regroupement a duré très peu de temps (quelques minutes)
- C'était beaucoup d'ados
- On aurait dit plus des supporters de l'équipe de foot de Turquie qu'une manifestation "politique", juste fiers de montrer leur drapeau rouge sang
Mais:
- ils ont qd même pu sortir leur banderole "non, il n'y a pas eu de génocide arménien!" (2 minutes)
- crier des slogans tels que "Arméniens assassins", "Devedjian enfoiré", "génocide non, non, non", "liberté d'expression".... bref ca volait pas haut.


Les Turcs, et leurs saluts ultranationaliste des Loups gris, comme le salut nazi...
C'est une bonne chose que la manif' ait été interdite officiellement, mais pourquoi alors il y a eu ce regroupement de fanatiques?
Sur le forum turc où j'ai trouvé ces photos, j'ai lu les commentaires suite à cette manif'. t notamment celui-là:
"De toute façon des manif "a la sauvage" comme celle ci continuerons
tant que la préfecture continuera d'interdire des manifestations aux
turcs, et je vous parle pas des possibles incidents lors des évènements
de l'année de l'arménie..."
Comme ca au moins, on est prévenu....
J'ai même vu des vidéos, pas jolijoli
"Les Arméniens sont partout"
"Yen a marre des Arméniens, ils font de la provocation"
"Ya pas eu de génocide, c'est même l'inverse: c'est les Arméniens qui ont commis un génocide contre les Turcs"
"Ya pas eu génocide, sinon pourquoi ils sont 100000 [et encore, entre 50000 et 80000] en Turquie, normalement avec un génocide, yen aurait plus du tout!"
Ils parlent même de génocide turc commis par les Grecs...
Déjà que l'ETU, Union turque européenne, avait projeté d'inaugurer un mémorial "en souvenir de l'annihilation d'un nombre élevé de musulmans turcs et de juifs turcs victimes au camps de concentration de Dachau entre 1933 et mai 1945" alors qu'"il n'y a eu aucun Turc musulman déporté à Dachau ou à Auschwitz. C'est une manoeuvre pour la Turquie afin de se faire admettre dans l'Union européenne" (Haïm-Vidal Sephiha, professeur à l'université Paris-Sorbonne >>article). Je ne sais pas si cela a été fait.
Collectif VAN:
"Les personnes présentes ont ensuite scandé "L'histoire aux historiens".
Sans doute les manifestants présents se considèrent-ils comme des
historiens car ils se permettent de dire qu'il n'y a pas eu de génocide
arménien..."
Comité Talat Pacha bien organisé
>> Manifestation des Loups gris à Lyon
>> Les loups gris vont-ils entrer dans Paris?
>> Le comité Talat Pacha va manifester à la Bastille
C'est du moins ce qui est prévu: une manifestation organisé par le Comité Talat Pacha (créé par Ankara), mouvement ultranationaliste des Loups gris (les nazis turcs).
Pourtant la préfecture ne sait rien de cette manifestation...
Dans un forum: un petit groupe d'arméniens veut organiser une contre-manifestation, ce avec quoi je ne suis pas du tout d'accord. Je préfère largement que ces fanatiques turcs s'excitent tous seuls devant les caméras.
Réponse d'un turc:
"Le 20 octobre 06 à 12:33
Contre-manif -->AHAHAHA
Un Turc.
On
attend plus de 3000 personnes, toutes les mosquées de paris et environs
ont été prévenue, et les imams font des appels chaque SOIR pour que la
participation soit d'un minimum (environ 2000 personnes), on attend
aussi des turcs de belgique, et d'allemagne, une délégation de 200
personnes vient deja de turquie.
ON EST EN FRANCE, CE N EST PAS L ARMENIE, CHACUN A DROIT DE MANIFESTER
COMME IL L ENTEND, SI VOUS VOULEZ RAMENER DU MONDE, ON SE FERA UN
PLAISIR DE FAIRE UNE RECONSTITUTION DE 1915 DEVANT LES JOURNALISTES
AHAHAHAHAHAHA"
Destruction du patrimoine arménien
Pour parler d'autre chose.
Ca fait longtemps que je n'ai pas parlé de la destruction du cimetière médiéval de Djoulfa (Cf. >>note). Ce n'est pas parce que le sujet était clos et réglé. C'est plutôt l'inverse.
Une délégation d'euro-parlementaires devait se rendre au Nakitchevan pour faire une enquête sur place et constater la destruction massive du cimetière. Les Azéris leur en ont interdit l'accès.
Plusieurs mois après, le directeur général de l'UNESCO a été mis au courant de la destruction du cimetière.
L'UNESCO n'a à présent rien fait pour arrêter ces profanations.
Et là je me demande: mais que font les historiens et historiens en arts, que disent-ils? pourquoi ne se soulèvent-ils pas? Plutôt que de râler contre une loi qui n'aura aucune incidence négative sur eux, pourquoi ne dénoncent-ils pas les agissements de l'Azerbaïdjian contre la volonté clairement avérée d'effacer toute trace de la présence arménienne en Azerbaïdjian, notamment au Nakitchévan, et donc de détruire le patrimoine et la culture arménienne?
Il n'y a plus d'église, plus de monument arménien en Azerbaïdjian. L'intention est de supprimer tout ce qui est arménien pour faire croire au monde que les Azéris étaient là avant, alors que les Arméniens ont toujours été sur ces terres (Nakitchévan et Karabagh). C'est ce qui se passe déjà en Turquie. Des Turcs, qui ne seraient pas dirigés par l'Etat, détruisent les églises. Mais souvent elles sont transformées en mosquées, en bibliothèques, en étables.
>> Attitude timorée de l'Unesco face à la destruction du cimetière arménien de Djoulfa (Gamkonline)
L'Azerbaïdjian a, en outre, pris la décision de lancer une campagne internationale à travers les ambassades et consulats azéris et d'ouvrir de nouvelles ambassades partout où se trouve la diaspora arménienne. Le but? combattre l'influence du lobby arménien....
>> Le président azéri promet de combattre l'influence de la diaspora arménienne (Gamkonline)
Les Turcs et les Azéris, c'est kifkif.
>> Un génocide culturel (Yevrobatsi)
2 points de vue et des conneries
Voilà deux points de vue dans Le Monde:
=> Jean-Philippe Feldman (professeur agrégé des facultés de droit): >>"Il faut abolir la loi Gayssot!"
"Dire que l'objet
de cette loi fut de réprimer la contestation des crimes contre
l'humanité n'est pas totalement exact. La loi ne réprime pas la
contestation des crimes contre l'humanité, mais de certains crimes
contre l'humanité. Adoptée sous la pression du Parti communiste, elle
ne vise, avec une mémoire fort sélective, que les crimes nazis. Cette
loi d'exception érige en infraction l'expression d'une idée jugée
indésirable. En leur dictant la conduite à tenir, les autorités
traitent les citoyens en mineurs, incapables de jugement personnel.
Pourtant, le rôle des institutions est d'interdire à la majorité
d'aller à l'encontre des droits des minorités, à commencer par la plus
petite de toutes : l'individu."
Il critique la Loi Gayssot en 4 points:
- vérité officielle
- publicité aux négationnistes qui peuvent se prétendre victimes de la censure, "martyrs de la liberté d'expression"
- les juges se transforment en gardien de l'histoire officielle
- avec cette loi, on a ouvert la boîte de Pandore, et on confond droit et morale
=> Alain Policar (professeur agrégé de sciences solciales): >>"Trois bonnes lois et une mauvaise"
Pour lui, il n'y a pas de différence entre la loi Gayssot et la loi sur le génocide arménien (et la loi sur l'esclavage, crime contre l'humanité). Par contre celles-ci sont complètement différentes de la loi sur le "rôle positif" de la colonisation.
"En mars 2005, d'autres historiens avaient demandé l'abrogation de la loi du 23 février "parce qu'elle impose une histoire officielle, contraire à la neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée qui sont au coeur de la laïcité, parce que, en ne retenant que le "rôle positif" de la colonisation, elle impose un mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu'au génocide, sur l'esclavage, sur le racisme hérité de ce passé". [...] Alors que la loi du 23 février se propose de juger la vérité scientifique ou de l'écrire, la loi Gayssot ne fait que la proclamer une fois établie. [...] Seule la loi du 23 février nous oblige à porter un jugement de valeur sur notre passé colonial et, donc, contraint l'historien à sortir de son rôle."
Il prend l'exemple du procès de David Irving contre Deborah Lipstadt (historienne américaine). Le tribunal a dû entendre plusieurs historiens pour prouver la réalité de la shoah et des chambres à gaz.
"Cette comparaison montre clairement que la loi Gayssot, en définissant précisément les thèses dont la diffusion constitue un délit, évite, au contraire, de dire l'histoire. En outre, grâce à elle, on ne trouve pas, en France, les livres négationnistes dans les étals des libraires. Qui pourrait s'en plaindre ?"
"Si l'on accepte ce raisonnement, on comprend mal pourquoi les Arméniens ne bénéficieraient pas d'une protection identique à celle permise par la loi Gayssot."
Il fait ensuite une distinction entre épuration éthnique et extermination ethnique.
***
Après ces deux points de vue, voici maintenant les conneries:
>> Quand les journalistes français dérapent (armenews)
- Pour ces journalistes français, et attention pas n'importe lesquels (Paris-Match, Toc, et NouvelObs...) la loi n'a été votée que dans une intention purement électoraliste. Moi je me demande alors pourquoi, si c'est vraiment le cas, ils ont attendu 90 ans pour nous entendre... de plus, on n'est pas 5 millions mais 500000. Et enfin, il est logique que les députés qui ont dans leur circonscription une communauté arménienne importante tendent l'oreille, s'intéressent à la cause arménienne, non? ca marche comme ca pour tout pourtant.
- Ces journalistes sont contre la loi car les pauvres Turcs ne pourront plus dire qu'il n'y a pas eu génocide. Ces journalistes ne savent pas qu'il s'agit d'un négationnisme d'Etat? Les Turcs le disent parce que l'Etat le dit. Ces journalistes défendent l'expression du négationnisme et donc les négationnistes.
- Ces journalistes sont de mauvaises foi quand ils disent: "un historien ne pourra plus dire qu'il n'y a pas eu de génocide". Car cette loi ne touche pas les historiens. Si le travail est fait honnêtement, avec des preuves de ce qu'ils avancent, avec le respect des affirmations d'autres historiens, il n'y a pas de problème. Par cont-re il me semble que les journalistes doivent se ranger du côté de la loi qui reconnait officiellement le génocide.
- Ces historiens parlent sans connaître quand ils disent: "c'est moins dangereux d'être Arménien à Istanbul que Magrébin en Corse". et que "la france dit n'importe quoi" quand on prétend que les Arméniens de Turquie ont peur.
1° il parle d'Istanbul et non pas de la Turquie entière
2° c'est moins dangereux effectivement mais uniquement si tu te la fermes, ce que les Arméniens de Turquie font
3° ce n'est pas la France qui dit que les Arméniens de Turquie ont peur mais les Arméniens eux-mêmes. Alors si on ne croit plus les premiers intéressés, je ne sais pas qui il faut croire... je sais de source sûre (dans mon entourage) que les Arméniens de Turquie ont peur des représailles, se font tout petits et se comportent tout simplement comme des Turcs, ne parlent pas arménien et ne parlent pas de génocide. c'est sûr que de cette façon ils ne sont pas menacés.
Les actes anti-arméniens en France
- Avril 2002 Alfortville et Grenoble : Dégradations des monuments dédiées au génocide arménien.
- 24 avril 2003 à Marseille
: Un membre de la communauté arménienne est sauvagement agressé par
un déséquilibré d'origine turque lors de la manifestation devant le
consulat de Turquie.
- 25 avril 2003 à Vienne
: Dégradations sur la stèle dédiée au génocide arménien.
- Fin avril 2003 à Paris : Le monument dédié au Révérend Père Komitas, inauguré le 24 avril
2003 par le Maire de Paris, a été recouvert à plusieurs reprises de
drapeaux turcs par des groupes de militants nationalistes turcs.
- 27 novembre 2004 à Valence : Des jeunes Français d’origine arménienne qui faisaient signer une
pétition demandant que la reconnaissance du génocide arménien figure
dans les critères d’adhésion de la Turquie dans l’Union européenne, se
sont fait agresser par une vingtaine de nervis turcs qui les ont
molestés et menacés de mort eux et leur famille.
- 11 avril 2005 à Marseille : La stèle situé dans le quartier de Beaumont (12°), en face du
prochain mémorial qui va être inauguré le 24 avril 2006, a été profanée
et souillée avec une inscription homophobe.
- 18 mars 2006 à Lyon : Plusieurs milliers de manifestants turcs défilent dans les rues de
Lyon avec des panneaux négationnistes. La manifestation, autorisée par
la Préfecture du Rhône, veut protester contre l'édification du mémorial
dédié au génocide arménien, situé Place Anthonin Poncet à Lyon (2°).
- 17 avril 2006 à Lyon : Profanation de plusieurs pierres du futur mémorial situé Place
Anthonin Poncet à Lyon (2°). On y retrouve les inscriptions : "nike le
arménien" ou "il n'y a pas eu de génocide".
- 14 octobre 2006 à Chaville : La sculpture en bronze (quelques centaines de kilos) du monument
dédié aux victimes du génocide arménien a été volée dans la nuit de
vendredi à samedi à Chaville (Hauts-de-Seine). Le monument de Chaville
était composé de 12 colonnes de pierre, qui restaient intactes,
entourant un enchevêtrement de lettres de l'alphabet arménien en bronze
- qui a disparu durant la nuit. Cette oeuvre du sculpteur Georges
Ayvayan, don de la communauté arménienne à la ville de Chaville, avait
été inaugurée le 5 octobre 2002
Le Comité de Défense de la Cause Arménienne (CDCA) rappelle que tous ces actes inacceptables sont demeurés impunis.
Le Comité de Défense de la Cause Arménienne (CDCA) rappelle
l'importance et l'urgence d'une loi sanctionnant pénalement la négation
du génocide arménien.
C'est pas mal pour une petite communauté dont on entend presque jamais parlé. On n'a pas réussi à faire punir un seul de ces actes...
***
Encore des derniers jours, on ne s'est, cette fois, pas attaqué aux monuments, mais il y a eu cambriolages:
- chez Mourad Papazian (president de la FRA dachanaktsoutioun (le parti socialiste arménien) pour l’Europe occidentale,
- chez Ara Toranian (journaliste aux Nouvelles d'Arménie magazine, et invité de "C dans l'air" du 17 octobre), - dans un local du Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF),
- et à la Maison de la culture arménienne (MCA) de Villeurbanne.
Et le véhicule de l'attaché de presse du CCAF Rôhnes-Alpes a été visité et détérioré
>> Vols en série au sein de la communauté arménienne
>> Cambiolages en série non fortuites
>> Hackers négationnistes turcs?
>> Vivre en paix (Armenews)
Manifestation négationniste prévue
>> Le Comité Talaat Pacha va manifester à la Bastille (CollectifVan)
Talaat pacha est l'organisateur du génocide arménien, le Ministre de l'Intérieur à l'époque qui a planifié l'extermination de la population arménienne.
Le Comité Talaat Pacha a été créé l'année dernière par l'Etat turc. Il a déjà organisé plusieurs manifestations négationnistes et anti-arméniennes avec Berlin et Lyon.
Il est prévu, le 21 Octobre, une manifestation à Paris.
C'est l'occasion parfaite de prouver l'utilité (ou l'inutilité) de la loi sur la pénalisation de la négation du génocide arménien.
En effet en mars dernier, à Lyon, le préfet avait laissé se dérouler la manifestation malgré la demande de la communauté arménienne. Les partisans du Comité Talaat Pacha constituent pourtant le mouvement des Loups gris, un mouvement fascite, extrêmiste et négationniste. La manifestation ne s'est évidemment pas bien passé: >> Manifestation à Lyon
Le préfet qui a dit ne pas être en mesure d'interdire la manifestation a réagit après celle-ci en disant que si ca venait à recommencer, cette fois il l'interdirait car il aura la preuve que c'est une manifestation négationniste.
C'est ce genre d'événement que la communauté arménienne veut voir cesser sur le sol français.
- Si la manifestation à la Bastille n'est pas interdite, le volet pénal de la loi de 2001 s'impose pour faire respcter la reconnaissance du génocide.
- Si au contraire elle est interdite, il faudra interdire toutes les autres manifestations négationnistes et punir les responsables de profanations.
On nous dit que la loi est inutile. Je veux bien le croire mais pour ca il faut me le prouver. parce que peu importe comment l'ordre public est respecté, comment la mémoire des victimes du génocide est respectée, peu importe le moyen, l'important c'est le résultat.
- Si les textes actuels ne sont pas suffisants, il faut une loi.
- Si au contraire ils le sont, pas besoin de cette loi, mais il faut alors appliquer ces textes pour punir les négationnistes et au moins interdire ce genre de manifestations. ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
L'année de l'Arménie, qu'on oublierait presque, commence très mal.
Ca aurait dû être une année de découverte de la culture arménienne. Au lieu de ca, les Turcs nous gâchent ce plaisir.
*EDIT*
Le procès des 4 jeunes d'origine turque interpellés suite aux agressions de Valence de novembre 2004 se déroulera le 10 novembre 2006 au Tribunal correctionnel de Valence.
Arguments sans poids
J'entends et je vois des arguments contre la loi pénalisant la négation du génocide arménien, arguments totalement infondées, à côté de la plaque, hors-sujet.
- argument économique:
L'économie va en pâtir. Les journalistes ne parlent que de ca.
=> La Turquie a fait des menaces avant même le vote de l'assemblée nationale, de représailles et de sanctions économiques. La Turquie n'a plus que cet argument-là: faire peur à ce niveau là. La Turquie a l'habitude de faire du chantage. On le sait depuis longtemps, elle fonctionne sur ce mode là.
=> Elle l'a fait avec la France mais aussi avec d 'autres pays. En 2001 déjà, lors de l'adoption de la loi française reconnaissant le génocide arménien, la Turquie s'est insurgé contre la France et a prévenu qu'il y aurait des incidences négatices sur la relation franco-turque. Et rien du tout, les relations économiques vont très bien.
=> La France est le 5e partenaire de la Turquie. Si celle-ci boycotte les produits français ou appliquent des sanctions, c'est plutôt elle qui en patîrait.
- argument historique:
Lois mémorielles, nouveau terme inventé il y a peu suite à la loi sur la colonisation et son "rôle positif". Depuis, on nous rabâche pour un rien que le Parlement ne doit pas légiférer sur l'Histoire, il ne doit pas écrire l'histoire.
=> Quand l'évenement (comme la colonisation) est soumis à une appréciation subjective (rôle positif, négatif) je veux bien. Mais quand il s'agit d'un fait génocidaire reconnu depuis longtemps par l'ONU, le Parlement européen et de nombreaux pays, par la Turquie après le génocide (en 1919) et par de nombreux historiens honnêtes, là je ne vois pas en quoi la loi écrit l'histoire. elle ne l'écrit pas, elle se fonde dessus, elle n'invente rien.
=> La loi sur la pénalisation complète la loi de 2001, elle lui donne un volet pénal c'est-à-dire une raison d'être. S'il y a une loi qui doit être contestée par les historiens, c'est plutôt la loi de 2001. car c'est elle qui reconnait la réalité du génocide. Mais à l'époque, personne n'avait relevé ce nouveau problème de légiférer sur l'histoire, ce n'était pas à la mode. Maintenant qu'on veut donner une valeur à cette loi qui n'est que déclarative donc symbolique, maintenant qu'on est prêt à la rendre effective et applicable, les historiens se soulèvent. Pas parce qu'il s'agit des Arméniens, mais juste par principe "parce qu'on ne touche pas à l'Histoire". Mais une loi sans effet ce n'est rien.
- argument diplomatique:
Cette loi va créer des tensions entre, non seulement la France et la Turquie, mais également entre la Turquie et l'Arménie....
=> ce qu'on n'entend pas c'est que les tensions existent déjà: la Turquie refuse d'ouvrir ses frontières avec l'Arménie, applique toujours son blocus et ainsi participe au fait que l'Arménie a beaucoup de mal à se relever de sa soviétisation.
=> La Turquie a adopté une loi qui criminalise l'affirmation de génocide. Quand on dit qu'elle était sur le chemin de la réconciliation, c'est faux et archi-faux. Au contraire. Mais personne n'a relevé quand ce nouveau code pénal a été adopté.
=> En quoi une loi adoptée sur le territopire français et donc concernant les Français enpêcherait la Turquie de faire son devoir de mémoire? Par cette loi, on veut seulement condamner els négationnistes. Tous les négationnistes du génocide arménien, pas seulement les Turcs. Ceux-ci ne sont pas explicitement visés (bien sûr qu'ils sont les premiers concernés puisqu'ils mettent beaucoup d'ardeur à nier). La loi française ne s'applique pas en Turquie que je sache, ni dans le monde entier, elle ne regarde que la France.
- argument masochiste:
La France se mêle de tout, donne des leçons au monde entier, avant de s'occuper de ses propres pages sombres de son histoire.
=> Comme dit au-dessus, la loi française ne s'applique qu'en France et que pour les Français. Elle ne donne pas de leçon, elle complète une loi qui est pour l'instant sans effet.
=> Par cette loi la France ne dit pas au monde entier: "faites comme moi", elle dit seulement: "moi je refuse que les négationnistes du génocide arménien (en l'occurrence) exercent leur propagande en france en toute impunité". voilà ce qu'elle dit la France. Est-ce contestable de vouloir la paix sur son propre territoire?
=> Les Français ne connaissent pas tout de leur histoire, surtout quand on ne leur enseigne pas, c'est logique. Mais la France a bel et bien joué un rôle avant le génocide, et après. Il y avait des liens très forts entre la France et les Arméniens.
=> Ce n'est pas en pointant du doigt ce qui s'est passé ailleurs et qui ici concerne 500.000 citoyens français d'origine arménienne qu'on en oublie le reste. Le génocide arménien date de 1915, ca fait donc 91 ans, il serait temps de prendre en compte les Arméniens étant venus en France, ayant été accueilli et ayant aidé le pays par le travail et dans la Résistance lors de la Seconde guerre mondiale, etc. Chacun son tour.
- argument "humaniste":
La liberté d'expression doit être défendue absolument.
=> Mais la liberté d'expression a ses limites, on l'a vu à de nombreuses reprises: les propos racistes, antisémites, homophobes sont punis. Les négationnistes de la shoah sont condamnables. On a fait tout un foin quand Dieudonné a eu ces propos malheureux, on entendait à l'époque: "c'est indadmissible! la liberté d'expression a bon dos, mais il y a des limites!" Là tout à coup c'est l'inverse. Cette liberté devient absolue.
Or, une société ne peut pas fonctionner correctement quand il n'y a pas de limites aux libertés qu'elle défend. La DDHC pose se principe d'ailleurs: la liberté s'arrête là où commence celle d'autrui. Pour la liberté d'expression c'est pareil. A quoi ca rime de défendre la "liberté" de nier un génocide? Est-ce cela l'humanisme? Et avant la liberté d'expression, il y a l'ordre public, le respect de la dignité humaine, et le respect des morts.
=> A quoi ca rime de punir les négationnistes d'un génocide, et pas ceux d'un autre? Il y a deux sortes de génocide? ils n'ont pas la même définition? la même valeur? ca veut dire que les victimes n'ont pas la même valeur? donc que les hommes ne sont pas sur un pied d'égalité: les Arméniens valant moins que les Juifs? Avec un argument comme "la shoah c'est pas pareil" on arrive aux extrêmes: le racisme pur et simple en se basant sur une hiérarchie non seulement de génocide et de souffrance mais également de l'être humain.
- argument de l'inutilité:
La loi pénalisant la négation du génocide arménien est inutile puisqu'il y a déjà une loi le reconnaissant.
Je crois que c'est le pire argument. Car c'est justement l'essence même de la loi.
=> Cette année a été l'année des négationnistes. mais ca ne date pas d'aujourd'hui. régulièrement, et en France je précise, ont lieu profanations et provocations contre les Arméniens par des Turcs niant le génocide, brandant des pancartes négationnistes et racistes.
A Valence: >>agression autour d'un stand
A Lyon: >> Les loups gris
Sans compter tous les sites internet négationnistes et listés comme tels.
=> Chirac a prétendu que la loi actuelle, qu'il approuvait, et les textes du droit positif suffisait à condamner les négationnistes. 1° ca veut dire qu'il pense que c'est nécessaire de punir les négationnistes. 2° il pense qu'il y a déjà tout dans la loi pour le faire.
Or, c'est faux. Car si c'était vrai, effectivement on n'avait pas besoin de la loi sur la pénalisation, elle serait en effet inutile. Si on pouvait s'en passer, on ne l'aurait pas demandée. Mais justement ce n'est pas le cas. Il y a eu des procès contre des négationnistes du génocide arménien, que ce soit le consul de turquie à paris ou Bernard Lewis et Gilles Weinstein, les tribunaux n'ont jamais pu les punir. Non pas en se fondant sur la réalité du génocide: ca, il y a une loi, et les tribunaux n'ont pas jugé là-dessus. mais en se fondant sur le fait qu'il y a un vide juridique. On ne peut pas punir les négationnistes aujourd'hui, les textes ne sont pas suffisants. Il n'y a aucun moyen de sanctionner la négation du génocide malgré la loi le réconnaissant. Ce qui est abhérrant.
>> L'Affaire Bernard Lewis
>> Procès en appel contre le consul général de Turquie à Paris
- argument communautaire:
Certains disent, et même insistent sur ce fait, que les Arméniens de Turquie qui sont entre 50000 et 80000, sont contre cette loi.
=> En Turquie, il est impossible de parler de génocide arménien, et il est interdit sous peine de poursuite pénale d'affirmer sa réalité. Donc forcément les Arméniens de Turquie ne vont pas prendre le risque de se faire lyncher. Ils ont peur des représailles.
=> Les Arméniens de Turquie et les Arméniens de la diaspora ne sont pas les mêmes, ne peuvent pas être les mêmes. Bien sûr qu'ils ont vécu le génocide aussi, mais ils etouffent beaucoup plus que nous ce passé, car ils sont dans une société où il y un tabou arménien jusque dans les manuels scolaires. Des Turcs se rendent compte qu'ils ont une grand-mère arménienne. Mais jusque là se comportait en Turc. D'autres le savent depuis le début, mais se comportent qd même en Turc. Le but est de se faire tout petit, interdiction de parler arménien. Les Arméniens de la diaspora eux n'ont pas ce problème. Au début il fallait s'intégrer. Aujourd'hui c'est fait, mais ce poids est toujours là, de génération en génération et tant que la Turquie n'aura pas reconnu le génocide. Ce sont eux qui combattent pour la reconnaissance du génocide et contre le négationnisme. Car ils sont beaucoup plus libres.
- argument électoraliste:
Les députés ont voté cette loi pour se garantir des voix de la communauté arménienne.
=> Il y a autant d'Arméniens que de Turcs en France
=> Les Arméniens ne sont pas plus cons que les autres, on a un libre-arbitre comme tout le monde et on sait s'en servir, ce n'est pas parce que le PS qu'on va forcément tous voté PS, et pareil si la loi avait été présentée par un autre parti. On n'est pas dupe et prétendre que c'ets électoraliste c'ets vraiment prendre les Arméniens pour des cons.
=> Tous les partis ont voté pour que ce soit UMP, PS, UDF, même des Verts. Alors pour qui les Arméniens voteraient-ils? En plus la loi qui a été adoptée était d'initiative PS mais l'UDF, et l'UMP avait déjà proposé une loi allant dans le même sens.
- argument européen:
Les gens pensent que la loi est un prétexte pour faire barrage à la Turquie.
=> La loi française, comme dit plus haut, ne touche que la france. ce n'est pas la loi à elle seule qui va faire barrage à l'entrée de la Turquie. Une loi française interne ne peut avoir d'incidence sur un territoire étranger.
=> le gouvernement français n'est pas favorable à cette loi pour ne pas froisser la Turquie
=> la commission européenne n'est pas favorable à cette loi pour ne pas froisser la Turquie
=> il y a beaucoup d'autres raisons de ne pas faire entrer la Turquie dans l'UE.
>> Le négationnisme est un crime. Pour le punir il faut une loi (liberation)
« Ce vote serait brutal mais positif sur le long terme »
Interview d'un historien, auteur du "génocide des Arméniens", Raymond Kévorkian..... le "ian" enlève bien sûr toute crédibilité à ce qu'il peut raconter, c'est évident selon certains.... ca n'empêche qu'il est avant tout historien alors voici l'interview.
Que pensez-vous de la proposition de loi du PS qui rendrait passible de prison la négation du génocide arménien ?
En tant qu’historien, j’ai suivi le débat interne à la profession sur la question. Il en a résulté, il y a quelques mois, une pétition invitant le législateur à ne pas se prononcer sur des cas comme celui du génocide arménien. Il faut d’abord laisser l’Histoire faire son travail.
Par ailleurs, nous pouvons nous poser la question : pourquoi le dossier arménien resurgit-il depuis deux ans ? Cela est évidemment lié à la candidature de la Turquie à l’adhésion à l’Union Européenne. Face à cette candidature, il y a deux comportements : d’un côté les gardiens des valeurs européennes, dont celle d’assumer son passé, de l’autre les milieux hostiles à l’entrée de la Turquie dans l’UE, notamment pour des raisons religieuses, capables d’instrumentaliser ce dossier. Je pense néanmoins que les motivations éthiques pèsent plus lourd que les considérations religieuses.
La France doit-elle se mêler de ce problème ?
Je rappelle que deux manifestations négationnistes, organisées par l’Etat turc, ont eu lieu en France. A partir du moment où le problème turco-arménien est importé en France, l’Etat doit s’en mêler, ne serait-ce que pour rappeler qu’ici, ces propos ne sont pas tolérés.
Cette loi,
si elle est votée, peut-elle faire avancer le débat vers une reconnaissance de la Turquie
Tout d’abord, il faut savoir que l’on touche à l’identité turque, ce qui est toujours sensible. Le vote de cette proposition de loi serait brutal mais positif sur le long terme. Cette mobilisation extérieure pourrait aider les intellectuels turcs, plus ouverts sur le sujet, qui sont la cible des autorités turques.
Que vous
évoque la petite phrase de Jacques Chirac, invitant la Turquie à « se grandir »
en reconnaissant le génocide arménien ?
Il me semble que son intervention était pleine de courage. Il espère sincèrement que la Turquie fasse cet examen de conscience pour intégrer l’Union Européenne. Néanmoins, la condition de reconnaître le génocide arménien pour intégrer l’UE n’est pas posée à la Turquie et ne le sera pas. Il ne s’agit que des propos d’un chef d’Etat, pas d’une décision de l’ensemble des membres européens.
L’opinion publique turque est-elle prête à reconnaître un génocide arménien ?
Il y a une petite évolution mais dans un cercle restreint d’intellectuels, une société civile avancée qui a fait ses études en Occident*. Néanmoins, il faut savoir qu’en Turquie, c’est le blackout complet depuis des décennies. Les manuels scolaires proposent une propagande d’Etat et font référence au « tabou arménien ». La législation est telle que quiconque se prononçant un mot sur le génocide arménien est sanctionné.
L’opinion publique n’est pas mûre mais les interventions extérieures peuvent aider le débat à se développer. Les autorités savent qu’avant d’intégrer l’UE, elles devront avancer sur la question. Elles espèrent s’en sortir avec le minimum de concessions.
(Recueilli par Sandrine Cochard)
* les Turcs disent que ces intellectuels là qui osent parler du génocide sont "faibles d'esprit". il faut bien trouver quelque chose pour se défendre...

