Interview d'un historien, auteur du "génocide des Arméniens", Raymond Kévorkian..... le "ian" enlève bien sûr toute crédibilité à ce qu'il peut raconter, c'est évident selon certains.... ca n'empêche qu'il est avant tout historien alors voici l'interview.


Que pensez-vous de la proposition de loi du PS qui rendrait passible de prison la négation du génocide arménien ?

En tant qu’historien, j’ai suivi le débat interne à la profession sur la question. Il en a résulté, il y a quelques mois, une pétition invitant le législateur à ne pas se prononcer sur des cas comme celui du génocide arménien. Il faut d’abord laisser l’Histoire faire son travail.

Par ailleurs, nous pouvons nous poser la question : pourquoi le dossier arménien resurgit-il depuis deux ans ? Cela est évidemment lié à la candidature de la Turquie à l’adhésion à l’Union Européenne. Face à cette candidature, il y a deux comportements : d’un côté les gardiens des valeurs européennes, dont celle d’assumer son passé, de l’autre les milieux hostiles à l’entrée de la Turquie dans l’UE, notamment pour des raisons religieuses, capables d’instrumentaliser ce dossier. Je pense néanmoins que les motivations éthiques pèsent plus lourd que les considérations religieuses.

La France doit-elle se mêler de ce problème ?

Je rappelle que deux manifestations négationnistes, organisées par l’Etat turc, ont eu lieu en France. A partir du moment où le problème turco-arménien est importé en France, l’Etat doit s’en mêler, ne serait-ce que pour rappeler qu’ici, ces propos ne sont pas tolérés.

Cette loi, si elle est votée, peut-elle faire avancer le débat vers une reconnaissance de la Turquie ou accentuer au contraire la sa crispation ?

Tout d’abord, il faut savoir que l’on touche à l’identité turque, ce qui est toujours sensible. Le vote de cette proposition de loi serait brutal mais positif sur le long terme. Cette mobilisation extérieure pourrait aider les intellectuels turcs, plus ouverts sur le sujet, qui sont la cible des autorités turques.

Que vous évoque la petite phrase de Jacques Chirac, invitant la Turquie à « se grandir » en reconnaissant le génocide arménien ?

Il me semble que son intervention était pleine de courage. Il espère sincèrement que la Turquie  fasse cet examen de conscience pour intégrer l’Union Européenne. Néanmoins, la condition de reconnaître le génocide arménien pour intégrer l’UE n’est pas posée à la Turquie et ne le sera pas. Il ne s’agit que des propos d’un chef d’Etat, pas d’une décision de l’ensemble des membres européens.

L’opinion publique turque est-elle prête à reconnaître un génocide arménien ?

Il y a une petite évolution mais dans un cercle restreint d’intellectuels, une société civile avancée qui a fait ses études en Occident*. Néanmoins, il faut savoir qu’en Turquie, c’est le blackout complet depuis des décennies. Les manuels scolaires proposent une propagande d’Etat et font référence au « tabou arménien ». La législation est telle que quiconque se prononçant un mot sur le génocide arménien est sanctionné.

L’opinion publique n’est pas mûre mais les interventions extérieures peuvent aider le débat à se développer. Les autorités savent qu’avant d’intégrer l’UE, elles devront avancer sur la question. Elles espèrent s’en sortir avec le minimum de concessions.

(Recueilli par Sandrine Cochard)

 

 

* les Turcs disent que ces intellectuels là qui osent parler du génocide sont "faibles d'esprit". il faut bien trouver quelque chose pour se défendre...