(Annie et  JP Mahé, L’Arménie à l’épreuves des siècles, découverte Gallimard Histoire)

Au début du IVe siècle, l’Arménie devient le premier Etat chrétien du monde. Les Perses sassanides ne pardonnent pas leurs voisins occidentaux de partager lafoi de leurs ennemis romains. Bientôt le pays est divisé, la monarchie estabolie, les chrétiens sont persécutés. Grâce à leur écriture nationale, crée en405, les Arméniens trouvent la force de sauver leur culture.

Selon la légende, la christianisation de l’Arménie s’est fait en 2 étapes : Thaddée, Simon et Barthélemy à l’âge apostolique (1er et 2es), et Grégoire l’Illuminateur sous Constantin (4es).

La 2e époque est plus intéressante. Dioclétien, persécuteur des Chrétiens, installe Tiridate sur le trône. Le roi tombe amoureux de Hripsimé, une des quarante religieuses cachées en Arménie. Comme elle lui résiste, il massacre toute la communauté.
La légende raconte que, en punition de ce crime, le roi est transformé en sanglier
et ne retrouve l’apparence humaine qu’en se convertissant au christianisme. Selon les sources historiques, Grégoire l’Illuminateur, prédicateur d’origine parthe venu de Cappadoce,  tente de démontrer à Tiridate l’inanité du culte des idoles. Il est alors emprisonné. Mais le roi, impressionné par son opiniâtreté, libère le saint et le laisse prêcher le christianisme. Plus tard il le baptise ainsi que sa cour, son armée et ses sujets.

Tiridate détruit les temples païens et transfère leurs biens aux églises. L’Arménie devient ainsi le premier Etat officiellement chrétien. Le pouvoir n’est plus tenu au nom de César, mais de Dieu tout puissant. Mais Tiridate ne change rien aux coutumes du royaume.

Au combat contre les païens, s’ajoute l’hérésie. De l’avènement de Constance II (337) à celui de Théodose Ier (379), les successeurs de Constantin réhabilitent la doctrine, pourtant condamnée au concile de Nicée, qui enseigne que le Christ n’est pas d’essence divine, mais simplement semblable à Dieu. Les chefs de l’Eglise arménienne refuse ce blasphème, mas les rois arsacides, fidèles serviteurs des empereurs, sont contraints de s’y soumettre. Il en résulte de graves conflits entre les monarques et la hiérarchie religieuse.

Mais l’affaiblissement graduel de l’Empire romain devant les Perses sassanides place bientôt les chrétiens d’Arménie dans une situation périlleuse : l’Arménie est divisée en deux royaumes distincts, du côté oriental, la persarménie, sous domination perse (Bharâm V, 421-438), où le zoroastrisme, offensif et intolérant, est définitivement adopté. Du côté occidental, l’Arménie devient une province byzantine.

En 405, l’alphabet arménien est créé par Machtots, ce qui a permis de traduire la Bible en arménien alors que jusque là elle était transmise par oral. Les « saints traducteurs » continuent leur œuvre après la mort de Machtots et permettent l’éclosion d’une riche littérature originale.

Les chrétiens arméniens sont persécutés par le roi Barhâm.
La bataille d’Avaraïr a alors lieu en 451, avec à sa tête le général en chef Vardan Mamikonian. Les Arméniens devaient défendre leur foi, c'est la première bataille reconnue comme combat pour la liberté de conscience.

Au moment même où les Arméniens refusent, au prix de leur sang, d’adopter la religion de l’Empire sassanide, d’autres pressions confessionnelles s’annoncent du côté de l’Empire byzantin, où l’ont débat âprement sur la personne et la nature du Christ. Comment le Christ a-t-il été Dieu et Homme à la fois ? A-t-il simplement revêtu l’humanité pour recouvrir temporairement sa nature divine ? Telle est la position que l’ont prête à l’impie Nestorius, condamné en 431, au concile d’Ephèse, où l’ont proclame « l’unique nature du Verbe incarné ». Mais si le Christ n’a qu’une seule nature, n’est-il pas, en fait, uniquement Dieu, et homme en apparence seulement ? Pour conjurer cette erreur, que l’on nomme monophysisme, le concile de Chalcédoine en 451, n’hésite pas à corriger la formule d’Ephèse en déclarant que le Christ a deux natures, humaine et divine, réunies en une seule personne.

En 536, l’empereur Justinien tente d’imposer autoritairement, la doctrine de Chalcédoine, condamnée par Arméniens en 553. Les religieux arméniens sont expulsés de Terre sainte. Considérant l’Eglise arménienne comme le seul siège de la
chrétienté authentique, son chef spirituel revendique, à partir de 506, le titre de Catholicos, c'est-à-dire de chef suprême d’une Eglise nationale indépendante. C'est la rupture avec les Byzantins, et l'Eglise de Rome.

Vient alors la période de l’Arménie arabe, où les Arméniens, ayant signé un accord de protection avec les Arabes, conservent leur autonomie politique et religieuse, contre un tribut au calife et contre l’obligation d’envoyer des contingents de cavalerie, et retrouvent l’unité de leur territoire. Puis les invasions, après 150 ans de prospérité, à partir du 9e siècle, des Seldjoukides, Mongols et Turcomans.

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En gros, pour ceux qui ont pas tout compris ou qui ont eu la flemme:

1/ l'Arménie est le 1er Etat a avoir déclaré officiellement le christianisme comme religion d'Etat

2/ les Arméniens ont leur propre Eglise. Chrétienne de culte arménien. on l'appelle tout simplement Eglise arménienne ou Eglise apostolique arménienne. Elle est en communion avec les autres Eglises non chalcédoniennes (du concile de Chalcédoine) comme l'Eglise copte par exemple.

Bien sûr il y a des Arméniens catholiques ou protestants. Mais dans ce cas il s'agit de l'Eglise catholique ou protestante comme n'importe quelle autre (sauf que ca parle en arménien).

3/ pour l'Eglise arménienne, le Christ est uniquement de nature divine. cad qu'il est Dieu. Il n'a pas une double nature comme pour Rome. du coup le pape n'a aucune autorité religieuse religieuse pour les Arméniens. Mais ils ont le catholicos (à pas confondre avec catholique... oui je sais, c compliqué)

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