La Reine Anahit



Il y avait autrefois en Arménie un roi qui s’appelait Vatché. le roi voulait marier son fils unique de vingt ans, Vatchagan, mais celui-ci ne voulait même pas entendre parler de mariage. Ayant reçu une éducation religieuse dès son jeune âge, il voulait se retirer dans un monastère et se consacrer à Dieu.


Pour fuir les pressions, le prince héritier passait la plupart de son temps à la chasse, restant ainsi éloigné du palais.


Un jour, au retour de la chasse, fatigué, assoiffé et en sueur, Vatchagan arrive avec son fidèle ami et serviteur Vaghinak dans un village. Ils s’assoient tous les deux près de la fontaine du village pour se reposer et demandent de l’eau à des jeunes filles venues là s’approvisionner. L’une d’entre elles remplit et jette quatre cinq verres d’affilée, et ce n’est qu’après avoir rempli un sixième verre qu’elle l’offre au chasseur inconnu.


- « Je vous ai vu fatigués et en sueur. Dans cette situation l’eau fraîche est


mauvaise pour la santé. C’est pour cela que j’ai volontairement retardé, le temps de vous laisser reposer et respirer un peu. », dit la jeune fille en expliquant son curieux comportement. Ses paroles pleines de sagesse étonnent Vatchagan, mais il reste surtout émerveillé par son immense beauté. De surcroît, il y avait dans les yeux de la jeune fille une telle puissance de séduction, qu’il est immédiatement ensorcelé.


- « Quel est ton nom ? », lui demande Vatchagan.


- « Anahit », répond la jeune fille.


- « Tu es la fille de qui ? »


- « Je suis la fille d’Aran, le berger de notre village », répond Anahit et s’éloigne


rapidement.


Un jour, cédant devant les continuelles exigences du roi et de la reine à propos de son mariage, Vatchagan leur dit :


- « Si vous voulez absolument que je me marie, sachez que mon élue est


Anahit, la fille du berger Aran du village Hatsik ».


Le lendemain, la nouvelle fait grand bruit dans toute la ville.


- « Le fils du roi a dû perdre la raison pour préférer la fille d’un berger à celles


des seigneurs », médisent les gens.


Constatant qu’ils ne pouvaient rien faire changer d’avis à leur fils, le roi et la reine envoient à Hatsik deux honorables seigneurs, accompagnés de Vaghinak, avec plein de magnifiques cadeaux pour demander au berger la main de sa fille.


- « Le chasseur que j’ai rencontré était donc le fils du roi ? », leur demande


Anahit tout étonnée. «  C’était un jeune homme très sympathique, mais connaît-il un métier ? Chacun doit connaître un métier, qu’il soit serviteur ou maître, seigneur ou roi. Si le fils du roi veut que je devienne son épouse, qu’il apprenne d’abord un métier », pose comme condition Anahit.


Trouvant les paroles d’Anahit intelligentes, Vatchagan apprend en un an le métier de tisseur de brocart. Bientôt, il prépare de ses mains une veste qu’il envoie à Anahit comme cadeau.


- « Je n’ai plus rien à dire, faites part de mon consentement au fils du roi et


donnez lui comme cadeau de ma part ce tapis que je viens de tisser », dit Anahit aux messagers du roi.


Enchantés par cette nouvelle, le roi et la reine organisent pour Vatchagan et Anahit un somptueux mariage qui dure sept jours et sept nuits, comme il était de coutume dans le royaume.


Les années s’écoulent…


Un jour, alors que Vatchagan succédant à la mort de ses parents est à la tête du royaume, il écoute le conseil d’Anahit, se déguise et part au milieu de son peuple, afin de voir de ses propres yeux si tout va bien dans son pays comme lui disent les seigneurs. Mais la chance ne lui sourit pas. Au cours de son voyage, il se fait prendre et se fait enfermer dans une prison qui est un véritable enfer et d’où il est impossible de sortir. Les cruels maîtres des lieux condamnent systématiquement ceux qui connaissent un métier à travailler à perpétuité, quant aux autres ils sont envoyés à la mort sans distinction.


Vatchagan se rappelle alors les sages paroles d’Anahit : « Chacun doit connaître un métier, qu’il soit serviteur ou maître, seigneur ou roi ». sous la surveillance de ses terribles gardiens, Vatchagan tisse un brocart avec de tels ornements et dessins qu’en les regardant attentivement on pouvait décrypter un message concernant l’endroit dans lequel il était.


Il persuade l’un de ses gardiens d’emmener le brocart auprès de la reine Anahit « qui est la seul à pouvoir l’apprécier à sa juste valeur », leur dit-il dès qu’elle prend le tissage des mains du gardien venu le vendre, la reine l’examine attentivement et au fur et à mesure apparaît à ses yeux le texte suivant :


« Ma très chère Anahit,


je suis tombé dans une abominable prison,


celui qui t’apporte ce brocart


est l’un des surveillants de cette même prison.


Si tu ne viens pas rapidement à mon secours,


Je suis perdu à jamais ! »


Après avoir lu et relu plusieurs fois, Anahit furieuse s’adresse au gardien et lui dit : « Le brocart que tu m’as apporté m’a tout révélé à ton sujet ». Elle ordonne alors à ses gardes de jeter cet homme en prison et part avec son armée libérer Vatchagan de sa geôle.


Quelle est la morale de cette histoire ? Les études et les métiers doivent être liés ensemble de la même façon que les tissages du roi Vatchagan avec leur mystérieux ornements.