17 septembre 2008
Le combat oublié de Jaurès
A la fin du 19e siècle, Jean Jaurès, est élu député du Tarn.
Au nom des droits humains qu'il défend, il se saisit, à la tribune de la Chambre des députés, des massacres d'Arménie survenus entre 1894 et 1897 commis par les forces régulières du Sultan Abdul Hamid II, appelé le "Sultan rouge".
Le premier discours de Jaurès en faveur des Arméniens date du 3 novembre 1896. A l'époque le ministre des Affaires étrangères (Gouvernement de Jules Méline) est l'historien Gabriel Hanotaux. Celui-ci soutient l'alliance franco-russe. S'ensuivirent 2 autres discours des 22 février et 15 mars 1897.
Extraits:
Au cours du 1er discours, il dénonce les responsabilités du Sultan mais également de l'Europe et de la France en raison de leur passivité et leur lâcheté devant ce drame.
"Voilà 18 ans que l'Europe avait inséré dans le Traité de Berlin (13 juillet 1878) l'engagement solennel de protéger la sécurité, la vie, 'honneur des Arméniens (...) que l'Europe devrait demander des comptes annuels et exercer un contrôle annuel sur les réformes et sur les garanties introduites par le Sultan dans ses relations avec ses sujets d'Asie mineure. Où sont ces comptes ? Où sont ces contrôles ? Où est la trace de cette intervention solennellement promise par l'Europe elle-même ?"
Le Traité de Berlin remplaça le Traité de San Stefano du 3 mars 1878 qui, suite à la victoire de la Russie à l'issue de la guerre de 1877-1878 affaiblissait la Turquie. L'Angleterre, opposée à cet affaiblissement, le Traité de Berlin modifia le précédent tout en garantissant l'autonomie arménienne dans l'Empire ottoman. Ce qui ne fut, comme le dénonce Jaurès, jamais appliquée.
"[Le Sultan] se jouait de l'Europe, il se jouait de vous et de l'humanité. Vous avez décidé qu'il y aurait à Erzeroum une commission d'enquête sur les premiers massacres de Sassoun. Lisez les procès verbaux de la commission et vous verrez que la commission turque a toujours refusé aux délégués européens de se transporter sur les points où s'étaient produits les plus abominables massacres afin de recueillir subitement sur place des témoignages sincères. Vous verrez aussi à quels procédés sauvages le gouvernement du Sultan avait recours pour obtenir en sa faveur des témoignages mensongers. Il s'agissait de faire dire aux Arméniens par force, en leur extorquant dans les tortures leurs signatures, que c'étaient eux qui avaient commencé."
"Le silence complet, silence dans la presse, dont une partie, je le sais, directement ou indirectement, a été payée pour se taire, silence dans nos grands journaux, dont les principaux commanditaires sont les bénéficiaires de larges entreprises ottomanes, mais surtout silence du gouvernement de la France! devant tout ce sang versé, devant ces abominations et ces sauvageries, devant cette violation de la parole de la France et du droit humain, pas un cri n'est sorti de vos bouches, pas une parole n'est sortie de vos conscience, et vous avez assisté, muets et, par conséquents, complices, à l'extermination complète..."
Discours du 15 mars 1897
"C'est vous qui jetez ainsi en Orient le plus redoutable germe de guerre. (...) Il semblait que le Sultan, averti enfin par l'indignation tardive de l'Europe, allait suspendre les massacres arméniens, et M. le ministre des Affaires étrangères lui avait écrit, au lendemain des interpellations qui s'étaient débattues ici :" Il ne faut plus qu'il soit versé une goutte de sang." Mails il a repris confiance, il ne vous redoute plus; il voit tout à coup que vous restez encore ses meilleurs soutiens et ses meilleurs amis. Et voici qu'à l'heure même où
nous parlons, les massacres d'Arménie recommencent, les populations arméniennes sont massacrées de nouveau, et le Sultan ne nous permet pas d'oublier une minute à quelle collaboration vous vous résignez, en acceptant l'action des troupes ottomanes pour la Pacification de la Crête."
Ces massacres annoncent la méthode d'extermination entreprise à partir de 1915 par le Gouvernement Jeune-Turc (tortures et actes de barbarie sexuelle, deshumanisation des personnes, spoliation de leurs biens, déracinement, meutre collectif sur les routes par les tribus kurdes).
1894-1897, 1909, 1915-1917, 1922: au total, les massacres auront duré quasiment 30 ans presque non stop.
Jaurès est joint par Clémenceau, puis par des écrivains (Anatole France, Romain Rolland), des artistes (Emile Gallé), des journalistes (Séverine) qui ont lancé le mouvement arménophile en France. Cela n'a pas empêché la réalisation du génocide en 1915, mis au second plan du fait de la guerre mondiale.
Aujourd'hui on connait peu cet engagement de Jaurès, on a oublié les responsabilités de la France et de l'Europe, on ferme les yeux sur la politique passée et présente de la Turquie concernant la question arménienne.
Ces discours de Jean Jaurès sont regroupés dans un recueil titré Il faut sauver les Arméniens (Mille et une nuits).

08 août 2007
8 Août 1915: sauvetage d'Arméniens par la marine française
>>Lettre aux marines des pays alliés,
adressée en 1915 par Dikran Antreassian
au nom des Arméniens
retranchés sur le mont Moïse [Musa Dagh]:
le sauvetage improvisé
de quatre mille Arméniens par la Marine française.<<
L’engagement de la Turquie aux côtés de l’Allemagne en novembre 1914 donne alors l’occasion à Istanbul de régler définitivement la « question arménienne » en profitant de la confusion de la guerre pour dissimuler les opérations destinées à éradiquer définitivement la présence des Arméniens sur le sol de l’empire. Outre que la communauté arménienne constitue l’un des plus épineux problèmes de la « question d’Orient, » elle est également vécue comme un obstacle à l’unification des peuples turcophones, par un gouvernement turc empreint d’idéologie nationaliste. [...] C’est pourtant tout le processus d’un génocide qui est mis en place au mois d’avril 1915, depuis la persécutions des notables citadins, jusqu’à l’élimination quasi systématique des hommes et la déportation des femmes, vieillards, enfants, livrés à la famine, à l’épuisement, aux bandits qui veulent s’en emparer et à la décimation par les troupes chargées de les encadrer. Un million et demi d’Arméniens trouveront ainsi la mort par ces différents moyens.
source: Sercice historique de la Défense (servicehistorique.sga.defense.gouv.fr)
12 décembre 2006
Haut-Karabagh : 15 ans d'indépendance et une Constitution
Le Nagorny-Karabagh (ou Haut-Karabagh) appelé Artsakh en Arménien est ce territoire de 4400 km2 et comptant 140000 habitants, enclavé en Azerbaïdjan. Il faisait partie de l'Arménie mais en 1921 Staline, par une décision arbitraire, offre cette région, peuplée à plus de 90% d'Arméniens, aux Azéris. En 1923, le Haut-Karabagh passe en région autonome sous le contrôle de l'Azerbaïdjan.
Le probème est gelé jusqu'à la guerre qui éclate en 1988 : épuration éthnique pratiquée par les deux camps, progroms anti-arméniens, comme à Soumgaït, ont lieu, ainsi que des violences de toute part.
En signe de protestation, les Arméniens de la région proclament leur indépendance suite à un référendum organisé le 10 décembre 1991. Le conflit s'intensifie et s'internationnalise en impliquant les puissances internationales (ONU, CEI, OSCE), jusqu'au cessez-le-feu de 1994.
L'Azerbaïdjan ne reconnait pas les autorités du Haut-Karabagh et considère que la région est occupée par les forces armées arméniennes. Celles-ci ne sont pas rattachées à la République d'Arménie mais sont des milices locales, bien entendu soutenues par l'Arménie.
Depuis, la résolution du conflit est organisée au sein du groupe Minsk co-présidé par la France, la Russie et les Etats-Unis, mais il reste encore non résolu.
Dimanche 10 Décembre 2006, l'Artsakh a fêté ses 15 ans d'indépendance. Et pour l'occasion a organisé un referendum pour adopter la première Constitution de la république. Le texte du projet de Constitution qui prévoit que le Nagorny-Karabagh est un "Etat de droit, souverain et démocratique", a été approuvé par 98,6% des votants. 87% des électeurs recensés ont pris part au vote.
L'Azerbaïdjan a déclaré que cette Constitution n'avait aucune valeur légale, tout comme le Conseil de l'Europe: « Il ne sera pas reconnu par la communauté internationale et il est donc sans effet » suivi de la Turquie qui soutient son "pays frère".
Peu importe. Cette réaction était prévisible. Cette Constitution est plus un symbole démontrant la détermination et l'envie toujours présentes, après 15 ans, des habitants du Haut-Karabagh de vivre dans un pays libre, le leur.
Pour plus de détails:
>> Le conflit territorial (Bibliomonde): résumé clair
>> Le Haut-Karabagh (netarménie)
>> Une constitution adoptée par plus de 90% des votants (armenews)
21 septembre 2006
Arménie : 15 ans d'indépendance
Aujourd'hui, 21 Septembre 2006 s'ouvre l'Année de l'Arménie en France, date aniversaire de l'indépendance de la République d'Arménie qui fête ses 15 ans. En effet, le 21 Septembre 1991, l'Arménie proclame son indépendance suite à un referendum et élit son président, Levon Ter Petrossian (Déclaration d'indépendance).
L'Arménie a connu une histoire assez cahotique: très souvent dominée, très peu longtemps indépendante. Conquise par les Perses (Alexandre le Grand), soumise aux Grecs, en guerre contre les Parthes. Tigran II le Grand (95-55 av.) reste le plus grand Roi d'Arménie qui a étendue l'Empire de la Mer Caspienne à la Méditerranée. Mais le pays est très vite sous le protectorat romain, puis partagé entre les Romains et les Parthes, envahie par les Sassanides, dynastie iranienne (2e siècle), de nouveau sous la protectorat romain. Envahie Arabes, les Turcs seljoucides (11e siècle), les Mongols, dominée par les Turcs ottoman (16e siècle), partagée entre l'Empire ottoman et la Russie (19e siècle). L'Anatolie orientale (Arménie occidentale) est vidée de sa population arménienne entre les massacres de 1894-1896 et le génocide de 1915.
Enfin, en 1918, l'Arménie parvient a créer une République indépendante, suite à la chute de la Russie (1917) et de l'effondrement de l'Empire ottoman (1918)... indépendance qui ne dura que jusqu'en 1920. Le peuple arménien se retrouve sous la protection blochévique. C'est en 1921 que nait la République soviétique d'Arménie, qui ne couvre qu'une petite partie de l'Arménie historique. Staline décide de nouvelles frontières: il donne le Nakitchevan et le Karabagh à l'Azerbaïdjan et la région d’Akhalkalaki à la Géorgie, de façon arbitraire. Ce qui a créé des conflits entre les Azéris et les Arméniens, lesquels demandent le rattachement du Haut-Karabah à la République d'Arménie (guerre du Haut-Karabagh). Un cessez-le-feu a été décidé en 1994 mais rien est encore réglé.
Avec la chute de l'URSS, l'Arménie redevient indépendante. Ca fait donc aujourd'hui 15 ans. Elle a repris le drapeau tricolore rouge, bleu, orange.
La situation économique fut difficile après 70 ans de communisme, le blocus de la Turquie, les relations tendues avec l'Azerbaïdjan, et le tremblement de terre en 1988 n'arrangeant rien. L'Arménie reste dépendante de l'économie russe et est partenaire économique de l'Iran. Elle tente tant bien que mal à s'en sortir. L'émigration est toujours actuelle alors même que l'Arménie a plus que jamais besoin de ses hommes pour développer le pays.
«… l’identité arménienne apparaît vigoureuse, avec toute la palette des marqueurs : conscience d’un passé ancien, parfois prestigieux, souvent difficile, au carrefour des Empires, Église nationale, langue très tôt dotée de son alphabet, culture originale, territoire de référence porteur de vestiges monumentaux. Mais c’est une identité de survivants. Les vicissitudes de l’Histoire (invasions, partages, disparition de l’État), le deuil impossible d’un génocide nié, la nostalgie à l’égard des provinces perdues d’Anatolie et du Caucase, enfin la dispersion (plus de la moitié des six à sept millions d’Arméniens vivent en dehors de la République d’Arménie) entretiennent la perception d’une existence nationale menacée. » (Claire Mouradian et Armand Sarian)
>> Une indépendance fragile (chronologie)
>> Wikipedia
>> La république arménienne fête ses 15 ans
06 juillet 2006
La page chaldéenne
Les Assyro-chaldéens sont encore plus mal connus que les Arméniens.
- Les Assyro-chaldéens forment une civilisation qui marqua le IIIème millénaire avant notre ère. Ce n’est qu’en l’an 612 avant J.C. que l’empire s’effondre, face à la victoire des Babyloniens.
- Ils parlent l'araméen (langue du Chist).
- 250 000 Assyro-chaldéens furent massacrés par les troupes turques, lors du génocide arménien de 1915.
- L’Eglise chaldéenne est un rite oriental chrétien lié à Rome depuis le XVIème siècle.
- On compte environ 18 000 Chaldéens en France
>>plus en détails
>>Wikipedia
20 avril 2005
Etape par étape du 19e siècle au 24 avril 1915 (5/5)
Le bilan en 1915 est de 1500000 Arméniens
assassinés, soit les 2/3 de la population
arménienne.
C’est pas fini car en 1917, le
gouvernement parachève le génocide par offensive sur l’arménie
orientale.
Le 28 mai 1918, l’Arménie
proclame son indépendance.
Le 30 octobre 1918 , c’est la
capitulation de l’Empire ottoman : il signe le traité de
Sèvres (carte 1) et
le « Procès des Unionistes » se déroule à Constantinople pour
rendre Justice aux Arméniens. Mais les principaux responsables
du génocide se sont enfuis en Allemagne. Ils ont été néanmoins
condamnés à mort par contumace. Le procès n’a pas été clos
mais il a prouvé la véracité des
faits.
Les Français créent, en
1919, la « petite Arménie », foyer arménien
en Cilicie.
Mais bien vite les Alliés se montrent bienveillant
envers la Turquie face au
bolchevisme.
Tous les Arméniens revenus dans leurs foyers après
l’armistice de 1918 furent systématiquement
chassés.
En 1920, Mustafa
Kemal, le "Père de la Turquie moderne",
donne l’ordre de liquider ce qui reste des Arméniens :
200000 victimes de la République
d’Arménie, qui survit quand même grâce à l’intervention
bolchevique.
La Turquie s’approprie tous les biens nationaux
et individuels des
Arméniens.
Le traité de Sèvres est
annulé, pour laisser place au traité de
Lausanne en 1923 (carte 2)
: l’Arménie est réduite au minimum. Une bonne partie de
l’Arménie ex-russe (20 000 km²) est cédée à la Turquie ; le
Karabagh et le
Nakhitchevan aux
Azéris.
En 1922, les derniers
massacres : à Smyrne visant les Arméniens et les
grecs
Churchill dira : “
Dans le traité qui établit la paix entre la Turquie et les
Alliés, l’histoire cherchera en vain le mot Arménie. ”
Depuis, 90 ans
après le génocide, la Turquie a toujours opéré
négationnisme d’Etat, négationnisme actif,
puiqu’elle enseigne dans les écoles que non seulement il n’y a
pas eu de génocide arménien mais qu’en plus il y a eu génocide
contre les Turcs. Talaat Pacha, en vertu de cette propagande, a eu
droit à une statue. Les églises continuent à être détruits ou sont
laissées totalement à l’abandon. Presque plus d'Arménien ne vit
en Turquie, sauf à Istanbul, mais ils ne disent pas qu’ils sont
arméniens.
Tout s’est passé dans le silence absolu… Hitler a su se
servir de cet exemple, mais cette fois, il y a eu un procès, qui a
permis de qualifier ces actes de « génocide », et
auquel on a donné le caractère
imprescriptible.
Il faut dire aussi
que bcp de Turcs ont secouru les enfants arméniens en les
adoptant (Kemal lui-même, bizarre !). Mais ceux-ci ont donc été
islamisés. Peut-être même qu’il y a des Turcs qui nient le
génocide et qui pourtant sont arméniens à
l’origine…
On a droit encore à ce genre de discours dans des
forums: « D'autre part, sur le plan du
droit, il est impossible de poursuivre la Turquie en raison d'un
principe fondamental qui est celui de la non rétroactivité de la loi
pénale. Ce principe signifie que nul ne peut être poursuivi en
vertu d'un loi établie et promulguée antérieurement au crime
pour lequel il est accusé. Je vous rappelle que la répression du
crime de génocide a été adoptée par l'assemblée générale de
l'ONU le 9 décembre 1948 donc bien après les faits incriminés
qui se sont déroulés en 1915.
»
«
Moi je ne reconnais pas ce pseudo génocide. L'Etat français
me donne le droit de ne pas le reconnaitre. Et je ne suis pas un
négationniste pour autant, car le négationnisme ne concerne que
la Shoah.
»
Etape par étape du 19e siècle au 24 avril 1915 (4/5)
Le 24 avril marque le
début du génocide (=> jour de la commémoration): arrestation
de 650 intellectuels et notables arméniens à Constantinople
pendus sur les places publiques (photo
1) puis 2000 arrêtés,
déportés et assassinés par la suite, ceci étant étendu partout
dans l’Empire de la même manière.
Les soldats mis dans les bataillons de travail
sont assassinés par petits
groupes.
Les Jeunes-Turcs peuvent opérer
la solution finale : la
déportation de toutes les populations civiles
arméniennes vers les déserts de Syrie, méthode nouvelle
suggérée par les Allemands (présents en Turquie) en faisant
croire que c’était des mesures de
protection.
(photo 2)
(photo
3)
La destination était
Deir ez-Zor en Syrie, ou la mort, du pareil au
même.
« Les convois de
déportation étaient formés par des regroupements de 1 000 à 3
000 personnes. Très rapidement, on sépare des convois les
hommes de plus de 15 ans qui seront assassinés à l’arme
blanche par des équipes de tueurs dans des lieux prévus à
l’avance. Parfois les convois sont massacrés sur place, à la sortie
des villages ou des villes, notamment dans les provinces
orientales isolées. Les autres, escortés de gendarmes, suivront la
longue marche de la mort vers le désert, à travers des chemins
arides ou des sentiers de montagne, privés d’eau et de
nourriture, rapidement déshumanisés par les sévices, les
assassinats, les viols et les rapts de femmes et d’enfants
perpétrés par les Kurdes et les Tcherkesses. Les survivants,
arrivés à Deir ez-Zor, seront parqués dans des camps de
concentration dans le désert et seront exterminés, par petits
groupes, par les tueurs de l’Organisation spéciale et les
Tchétchènes spécialement recrutés pour cette besogne.
Beaucoup seront attachés ensemble et brûlés vifs. » (Méthodes et tortures)
Bien sûr les Arméniens ont tenté de former une
résistance : le plus bel exemple c’est les «
Quarante jours du Moussa-Dagh » (qui a donné lieu
à un roman de Franz Werfel) : « sur cette montagne de la
côte méditerranéenne, une population de 5 000 personnes
(principalement des femmes et des enfants), dont 600
combattants, résistèrent plus de 40 jours au siège de l’armée
turque. Les survivants (environ 4 000 personnes) furent sauvés
par le vaisseau français Jeanne d’Arc.
»
Etape par étape du 19e siècle au 24 avril 1915 (3/5)
En 1908, le nouveau
gouvernement « Jeunes-Turcs » promet
égalité et fraternité entre tous les peuples de l’Empire. Il y a
même de grandes manifestations de fraternité armeno-turques.
Mais le parti se métamorphose: les Jeunes-turcs deviennent
nationalistes (race turque supérieure) et
panturquistes suite aux pertes des provinces
balkaniques : ils se tournent vers l’Asie centrale et l’Azerbaïdjan
et veulent créer un Etat turc du Bosphore à la Chine. Problème :
l’Arménie et les Arméniens gênent dans ce projet puisqu’ils sont
situés au milieu.
Les Jeunes-Turcs se présentant comme
les héritiers du « Sultan rouge » commencèrent donc les
massacres en Cilicie en 1909 faisant 30000 morts.
Talaat,
Enver et Djemal, en 1913, organise une
dictature militaire. Le début de la fin pour
les Arméniens.
Les Arméniens étaient considérés
comme des citoyens de seconde zone, soumis à payer plus
d’impôt en vertu d’une discrimination officielle.
L’Arménie
était arrivée au seuil de son indépendance en regroupant les 7
provinces arméniennes mais le début de la 1e guerre
mondiale donna l’occasion aux Jeunes-Turcs de
mettre à bien leur projet de solution finale : d’abord en
réquisitionnant les armes à l’encontre les Arméniens
uniquement, en torturant, en expulsant les généraux européens
et en mettant en place l’ « Organisation spéciale ».
Puis la
Turquie s’allie avec l’Allemagne.
En
1915, le gouvernement ordonne le
désarmement de 250000 Arméniens de l’armée ottomane pour
les affecter dans des « bataillons de travail
».
Etape par étape du 19e siècle au 24 avril 1915 (2/5)
Suite à ce discours, les Arméniens se regroupent, créent
des organisations de combat (certaines violentes, d’autres plus
moins), et commencèrent leur résistance, qui a valu des légendes
sur certains héros (Antranik (1865-1927)
En 1894, c’est le début des
massacres et du processus
d’extermination qui a duré pendant plusieurs
semaines.
L’Europe ne réagit
pas donc le Sultan peut commencer
sérieusement.
La méthode est
simple: dans toutes les régions, « vers midi, on sonne le clairon,
c’est le signal des tueries. Préalablement préparés, des soldats,
des Kurdes, des Tcherkesses, des Tchétchènes et des bandes de
tueurs spécialement recrutés massacrent la population
arménienne, sans distinction d’âge et de sexe. Dans les quartiers
ou villages multinationaux, les maisons habitées par les
Arméniens sont préalablement marquées à la craie par les
indicateurs »
En 1896, les massacres s’opèrent
même à Constantinople, suite à la prise de la Banque ottomane
par des fédaïs arméniens, devant les yeux des occidentaux. Ils
ont pas été doués sur ce coup là, d’assassiner de manière aussi
voyante les Arméniens. La menace d’une intervention militaire
par les occidentaux y met fin.
Le missionnaire allemand Johannes Lepsius fait le bilan de
ces massacres :« 2 493 villages pillés et détruits, 568 églises et
77 couvents pillés et détruits, 646 villages convertis, 191
ecclésiastiques tués, 55 prêtres convertis, 328 églises
transformées en mosquées, 546 000 personnes souffrant du
dénuement le plus complet et de la famine... et il rajoute : “
Ces chiffres sont le résultat de mes recherches
personnelles ; ils ne correspondent pas à la réalité des faits,
réalité bien plus épouvantable encore ! ... ” Il y a eu en
outre 300 000 personnes tuées, 50 000 orphelins et 100 000
réfugiés en Transcaucasie : il n’y a plus que 2 250 000
Arméniens. Certains ont été forcés à l’exil ou à se convertir à
l’Islam pour échapper à la mort.
Etape par étape du 19e siècle au 24 avril 1915 (1/5)
La population de l’Empire ottoman jusqu’à la fin du 19e siècle était composée de 3 millions d’Arméniens, 3 millions de Turcs, le reste (la moitié) comprenant différents peuples (Grecs, Assyro-Chaldéens, Kurdes…).
L’émancipation
des peuples dominés a entraîné la décadence de
l’Empire. Et cela a empiré avec la guerre russo-turque
de 1877, la Turquie ayant été vaincue. Le
traité de San Stefano de 1878 a permis l’indépendance de
certains pays et l’annexion d’une partie de l’Arménie
turque par la Russie prévoyant une certaine protection
des Arméniens. Mais l’Angleterre, l’Allemagne et l’Autriche
l’entendaient pas de cette oreille, les dispositions en faveur des
Arméniens ont été modifiées par l’Angleterre rendant
l’application des mesures protectrices aléatoires. En merciement
elle a reçu de la Turquie l’île de chypre!
Les provinces
arméniennes étaient souvent pillées par les Kurdes, obéissant
aux Turcs.
D’ailleurs l’idée d’éliminer les Arméniens du
territoire ottoman (et donc de leurs terres ancestrales) ne date
pas du 20e siècle. Déjà en
1879, le Grand Vizir déclare : “
Aujourd’hui, même l’intérêt de l’Angleterre
exige que notre pays soit à l’abri de toute intervention étrangère
et que tout prétexte à cette intervention soit éliminé. Nous,
Turcs et Anglais, non seulement nous méconnaissons le mot
Arménie, mais encore nous briserons la mâchoire de ceux qui
prononceront ce nom. Aussi, pour assurer l’avenir, dans ce but
sacré, la raison d’État exige que tous les éléments suspects
disparaissent.
Nous supprimerons donc et ferons
disparaître à jamais le peuple arménien. Pour y parvenir rien ne
nous manque : nous avons à notre disposition les Kurdes, les
Tcherkesses, les gouverneurs de province, les percepteurs, les
agents de police, en un mot tous ceux qui font la guerre sainte à
un peuple qui n’a ni armes ni moyens de défense. Nous, au
contraire, nous avons une armée et des armes, et la protectrice
de nos possessions en Asie Mineure est la plus grande et la plus
riche des puissances du monde. ”